Le Prof. Bruce Rotschild, rhumatologue, a publié un article sur les maladies inflammatoires de la colonne vertébrale chez les dinosaures, les baleine et souriceaux.
Les modifications de la colonne vertébrale et donc des ponts osseux entre les vertèbres et la perte de substance osseuse (érosion) dans les petites articulations vertébrales sont des manifestations typiques des spondylarthrites (maladies inflammatoires de la colonne vertébrale).
Alors qu'une seule articulation vertébrale peut être endommagée par une infection purulente, la seule cause connue d'érosion dans beaucoup d'articulations vertébrales est la spondylarthrite.
En 2002, j'ai mis en évidence la présence d'une telle maladie chez les dinosaures de la famille des Camarasauridés qui vivaient au jurassique, soit il y a quelques 195 à 135 millions d'années.
http://www.dinosoria.com/camarasaurides.htm . Une tendance à la spondylarthrite a aussi été constatée chez les singes (gorilles, chimpanzés). Le tableau clinique correspond exactement à celui observé chez l'homme et l'effet des thérapies est identique.
Stimulé par l'observation de syndesmophytes
* et raidissement des petites articulations vertébrales chez les mammifères marins (dauphins), j'ai recherché dans les collections de squelettes de mammifères marins des preuves de spondylarthrite. J'ai trouvé des érosions aux petites articulations des vertèbres 11 à 14 sur une baleine bleue du musée national d'histoire naturelle de Washington. J'ai trouvé sur un exemplaire de gerboise marsupiale au Centre de la biodiversité à Champaign dans l'Etat de l'Illinois un autre signe de la spondylarthrite sacrale.
La propagation des spondylarthrites s'étend donc des plus grands mammifères qui ont peuplé notre planète, d'un poids de plus de 190'000 kilos, jusqu'à l'un des plus petits, qui pèse à peine 50 g.
Prof. Dr. Bruce Rotschild, Arthritis Center of Northeast Ohio, Youngstown, Ohio, USA.Source: Annals of Rheumatic Diseases 64 (2005), S. 1385 - 1386
*Syndesmophyte:
ossification progressive des ligaments unissant 2 vertèbres, réalisant au bout d'un certain nombre d'années un véritable pont osseux, et donc une soudure de l'articulation. C'est un phénomène caractéristique des rhumatismes ankylosants, et en particulier de la spondylarthrite. Mais un aspect radiologique voisin se voit dans la banale arthrose vertébrale, et dans la bénigne maladie de Forestier.
Spondylarthrite chez le globicéphaleDans une publication de la Woods Hole Oceanographic Institution, Woods Hole, Massachussetts, USA, on rapporte que 21% des 52 globicéphales échoués sur les côtes de Cape Cod, Massachussetts entre 1982 et 2000 présentaient des signes de spondylarthrite. Etant donné que la spondylarthrite ankylosante peut limiter la mobilité chez l'homme, les auteurs du rapport supposent que la spondylarthrite ankylosante chez les baleines pourrait fournir une explication à ce mystère que reste l'échouage des cétacés sur les plages.
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La spondylarthrite ankylosanteUne maladie millénaireLe plus ancien et célèbre patient touché par la spondylarthrite ankylosante s'appelle Ramsès II. À la mort du pharaon, en 1236 avant notre ère, les embaumeurs durent lui fracturer la colonne vertébrale au niveau du cou tant elle était courbée et rigide, ses vertèbres s'étant soudées les unes aux autres au fil de l'évolution de la maladie. Ceci fut révélé grâce aux examens radiologiques réalisés par une équipe belge sur la momie du pharaon, lors de sa venue à Paris, dans les années 1960. Et malgré les progrès de la médecine, il existe malheureusement, aujourd'hui encore, en France, des cas de « colonnes bambous ».
Plus de 130 000 Français souffrent de ce rhumatisme inflammatoire chronique dont l'origine est mal connue. Le fait d'être porteur du marqueur tissulaire HLA B27 (voir page suivante) est un élément nettement favorisant - retrouvé chez 80 % des malades - quoique non indispensable. L'environnement jouerait aussi un rôle. Tous les spécialistes plaident pour une composante infectieuse susceptible de provoquer une réponse anormale de l'organisme. Mais la maladie est-elle due à des infections alimentaires ou à des germes naturellement présents dans notre tube digestif ? Il est encore difficile de le dire, d'autant que plusieurs bactéries ayant de nombreux points communs (chlamydia, klebsielle, campilobacter, yersinioses...) sont suspectées.
Des études comparatives menées dans différents pays donnent quelques
indications : d'abord, les formes les plus sévères proviennent actuellement le plus souvent d'Afrique du Nord et d'Europe de l'Est. Au Maghreb, 50 % des malades ont une atteinte de la hanche après dix ans d'évolution de la spondylarthrite ankylosante, contre seulement 10 à 15 % en France, selon une étude du service de rhumatologie B de l'hôpital Cochin à Paris. Dans ce travail, il a semblé qu'une forme plus évolutive soit liée à l'absence de réfrigérateur et d'eau courante. D'ailleurs, chez les Maghrébins nés en France, la maladie a une progression similaire à celle observée chez les Français de souche.
Dans la moitié des cas, les premières manifestations apparaissent entre 18
et 25 ans. La maladie atteint d'abord la colonne vertébrale, le bassin et les hanches. Elle évolue le plus souvent par poussées, l'ankylose pouvant progresser à chaque fois un peu plus.
En l'absence de traitement, les patients perdent toute souplesse et leur capacité respiratoire diminue, les mouvements de leur cage thoraciques devenant limités. Et d'autres localisations peuvent être à leur tour touchées : les talons, les mains, les épaules, les genoux et les chevilles. Certains malades souffrent aussi de tendinites ou d'uvéites (inflammation de la partie antérieure de l'oeil, l'uvée, qui se manifeste par un oeil rouge non larmoyant mais douloureux).
Les victimes de spondylarthrite ankylosante souffrent surtout la nuit et au
lever du jour, ils ont besoin d'un « dérouillage » matinal de plus en plus long. Ils peinent à se lever et à se laver, ils mettent beaucoup de temps à s'habiller et encore plus à se chausser, souffrent le martyre quand ils doivent exécuter un créneau pour garer leur voiture, ne peuvent rester longtemps assis sans s'ankyloser et ressentent une fatigue quasi permanente. Inutile donc de préciser que cette maladie perturbe sérieusement leur vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle. Et qu'elle a de fréquentes répercussions sur leur psychisme.
Anne Jeanblanc© le point 22/01/04 - N°1636 - Page 503 - 543 mots Source: http://ancien.lepoint.fr/sant/document.html?did=141547
Et aussi: http://lunis1.free.fr/spip.php?article32