Injections d’Infliximab dans les articulations.
Les anti TNF alpha sont réputés pour leur efficacité, mais ils sont onéreux. Les patients dont les douleurs à la colonne vertébrale peuvent être traitées avec les médicaments traditionnels, mais qui ont des problèmes irrésolus dans la périphérie, pourront certainement profiter d’un traitement moins coûteix avec ces médicaments. Les injections directes dans l’articulation ont permis d’obtenir de bons résultats avec moins de substance médicamenteuse.
Les observations montrent que la cytokine (véhicule de la communication cellulaire), de la famille du « « Tumor Necrosis Factor » (facteur ayant la capacité de nécroser les tumeurs, abrégé TNF) joue un rôle important dans le processus inflammatoire de la spondylarthtrite. Les médicaments anti TNF alpha recèlent un fort potentiel dans le traitement de cette maladie.
Comparés aux patients souffrant de douleurs non inflammaroires, les spondylarthtritiques ont montrés une concentration singulièrement élevée de TNF alpha dans le sérum sanguin, indépendante pourtant de l’activité de la maladie. Les études contrôlées par placebo avec Infliximab pour les patients souffrant de spondylarthtrite et autres spondylopathies (maladies inflammatoires de la colonne vertébrale) prouvent l’efficacité de ce médicament. Pour les spondylarthtritiques, dont les douleurs ne réagissent pas suffisamment au traitement avec les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS), une amélioration certaine a été obtenue avec les anti TNF alpha. Ceci, tant que le remède était administré. Le traitement est donc nécessaire plusieurs années.
Pour une partie des spondylarthtritiques, les douleurs résultent surtout d’une inflammation des articulations périphériques (en dehors de l’axe du corps), alors que la colonne vertébrale n’est source de pratiquement aucune douleur. Dans la plupart des cas, l’arthrite périphérique peut être efficacement traitée au moyen d’AINS ou d’injections de corticostéroïdes. Parfois, les douleurs résistent cependant à la thérapie.
Patients traitésAprès avoir constaté que les injections d’Infliximab dans l’articulation étaient efficaces et sans danger sur cinq patients souffrant d’arthrite rhumatoïde ( polyarthrite chronique), nous avons tenté la même expérience sur trois spondylarthritiques souffrant d’inflammations articulaires périphériques afin de trouver si, de la sorte, la perfusion d’Infliximab à long terme pouvait être évité. L’inflammation de l’articulation du genou des patients avait été au préalable traitée sans succès avec des anti-rhumatismaux, de la sulfalazine ( deux patients avec Methotrexat) ainsi qu’avec une série d’injections de corticostéroïdes dans l’articulation du genou. Comme ni les douleurs de la colonne vertébrale ni d’autres douleurs rhumatismales ne requéraient de perfusion systémique d’Infliximab (agissant sur tout l’organisme), nous avons injecté 100 mg d’Infliximab dans le genou sous narcose locale ( dans le traitement systémique, on administre à chaque fois 3 à 5 mg d’Infliximab par kilo de poids corporel, soit 210 à 350 mg pour un poids de 70 kig, NDR). Le traitement en cours aux antirhumatismaux et à la sulfalazine n’a pas été stoppé.
Chez les trois patients, la tomographie à résonance magnétique effectuée avant traitement à l’Infliximab révèle une grande quantité de liquide synovial et un fort épaississement de la membrane articulaire.
Les patients dont les antécédents présentent des infections chroniques, un test de tuberculose positif, des ombres à la radio des poumons ou des proches parents tuberculeux étaient exclus de l’étude.
Résultats du traitementLes patients ont été à nouveaux examinés quatre semaines après l’unique injection. Tous les trois se sentaient nettement mieux. L’inflammation dans l’articulation du genou était complétement résorbée (aucune douleur, aucune enflure) et la mobilité rétablie. Les valeurs des analyses (vitesse de sédimentation et CRP) s’étaient améliorées.L’IRM de l’articulation du genou montrait une nette régression de l’épaississement de la membrane articulaire et de l’accumulation de liquides. Le BASDAI également (échelle de mesure de l’activité de la maladie) s’était sensiblement amélioré. L’amélioration s’est prolongée sur quatre mois pour un patient, et sur trois mois pour les deux autres (les perfusions devaient normalement être répétées toutes les six semaines, NDR). Aucun effet secondaire ne fut observé.
ConclusionLa plupart des spondylarthritiques peuvent être traités efficacement aux antirhumatismaux, éventuellement à la sulfalazine. Il vaudrait mieux renoncer aux anti TNF alpha. Tant en raison des coûts élevés de ces médicaments que des risques, en particulier l’accroissement des risques d’infection.
En 2002, le Prof. Herbert Kellner a démontré qu’une injection d’Infliximab dans l’articulation sacro-iliaque de cinq spondylarthritiques est une thérapie efficace. Nos résultats montrent que, pour les spondylarthritiques dont les douleurs à la colonne vertébrale sont facilement maîtrisées avec les AINS, mais pour lesquels le traitement aux anti TNF alpha de l’inflammation d’une articulation périphérique ne suffit pas, l’injection d’Infliximab dans l’articulation représente une alternative efficace par rapport à la perfusion d’une grande quantité d’Infliximab dans le corps.
Les Dr Lieve Schattemann, Anvers ,
Lieve Gyselbrecht, Aalst,
Luc De Clercq, Anvers et le
Prof. Herman Mielants, Université de Genève.
Source : Journal of Rheumatology 33 (2006) 82-85.