Le microbiote intestinal et sa modulation nutritionnelle[/url]
23/07/2010 | Pédiatrie
Si la flore intestinale ou plutôt le microbiote intestinal nous livre peu à peu ses secrets, qu'en est-il des molécules qui pourraient modifier son équilibre ? Un tour d'horizon de ce que l'on sait et de ce qu'il reste à découvrir.
Dr Florence Campeotto. Unité de gastroentérologie pédiatrique, hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 avenue Denfert-Rochereau, 75674 Paris cedex 14. Le microbiote intestinal constitue un nouveau champ d'exploration depuis l'utilisation récente des méthodes d'analyses de biologie moléculaire. Il y a encore peu de temps, les connaissances étaient essentiellement fondées sur l'étude de la composition de la microflore fécale basée sur la caractérisation des bactéries par la méthode de culture. Or la très grande majorité de la flore n'est pas cultivable. Les possibilités de la biologie moléculaire ouvrent une nouvelle vision sur l'écosystème digestif humain.
LE MICROBIOTE INTESTINAL Les bactéries constituant le microbiote intestinal se situent au niveau de la paroi du tube digestif, mais se concentrent au niveau des cryptes et des microvillosités coliques. Plus de 500 espèces sont identi-fiées, classées selon la coloration de Gram, la forme (coques, bacilles, fusiformes...), le type respiratoire (aérobie, aéro-anaérobie, anaérobies), les capacités de croissance et depuis peu la phylogénie
moléculaire.
Près de 100 000 milliards de bactéries colonisent le tube digestif, soit 10 fois plus que le nombre de cellules de l'organisme !
La flore fécale, représentant 40 % du poids des selles, est principalement résidente et anaérobie. Les espèces cultivables les plus importantes sont : Eubacterium et Bacteroides puis Peptostreptococcus, Bifi- dobacterium et Clostridium (1 010 à 1 012 germes/g de fèces). Les entérobactéries ne viennent qu'en sixième position, devant les lactobacilles et les Streptococcus.
Il faut aussi tenir compte des levures et des germes non cultivables. Une large part de la flore dominante anaérobie échappe à la culture mais peut actuellement être analysée par des méthodes moléculaires (clonage et séquençage des ADN et ARNr 16S ; électrophorèse en milieu dénaturant de l'ARNr 16S, hybridation in situ, PCR quantitative...).
Microbiote intestina l
Ce nouveau terme correspond à l'ensemble des micro-organismes se trouvant dans le tube digestif et vivant en accord avec l'hôte. Il est plus expressif que celui de flore intestinale.
Il rend compte de la complexité de l'écosystème microbiologique le long du tractus digestif.
Un écosystème en équilibre Le microbiote intestinal est un écosystème qui coexiste en équilibre avec l'hôte. La composition de la flore, qui s'acquiert pendant les deux premières années de vie (absence de flore dès la naissance), est variable selon l'âge mais aussi selon les individus, les habitudes alimentaires et le segment digestif concerné.
Le nombre d'espèces passe d'une quinzaine chez le petit nourrisson (deux tiers cultivables) à quelques 350 chez les adultes (15 % cultivables) Chaque individu héberge une diversité d'espèces qui lui est propre, dépendant d'interactions complexes hôte-bactéries, et qui reste relativement stable au cours de sa vie. Le microbiote intestinal a de nombreuses fonctions. Il agit presque comme un organe à part entière.
UN EQUILIBRE FRAGILE Certaines situations perturbent l'équilibre du microbiote intestinal : les changements d'habitudes alimentaires, les hospitalisations ou interventions chirurgicales, les poussées de maladies chroniques digestives avec ou sans déficit immunitaire, la prise d'antibiotiques, ou encore les agents pathogènes viraux, bactériens ou parasitaires.
Lors d'une diarrhée aigüe infectieuse, quel que soit l'agent pathogène, on note fréquemment une diminution des bactéries anaérobies. La normalisation du microbiote n'est observée que 2 à 3 mois après la disparition du trouble digestif.
De même, chez des individus sains recevant de l'Amoxicilline pendant 5 jours, la flore fécale dominante diminue rapidement au cours du traitement antibiotique et ne revient à son état normal que vers le 60
e jour.
Enfin, des modifications du microbiote ont également été mises en évidence au cours des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI), avec en particulier une diminution du ratio Firmicutes/Bacteroïdes. L'INTERET DES PROBIOTIQUES Le concept de probiotique est ancien, il fut introduit par Metchnikoff en 1908. La FAO (Food and Agriculture Organization) des Nations Unies et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont défini le terme « probiotique » comme des « micro-organismes vivants qui, lorsqu'ils sont administrés en quantités adéquates, produisent un bénéfice pour la santé de l'hôte » (FAO/WHO).
Cette définition pose la question des micro-organismes vivants ayant un effet physiologique démontré, mais ne survivant pas au cours du transit digestif. Le groupe d'experts de la FAO et de la WHO recommande pour les probiotiques non seulement d'être résistants à l'acidité gastrique et aux sels biliaires, mais aussi d'avoir la capacité de proliférer dans le tube digestif.
Une quantité énorme d'informations est aujourd'hui disponible concernant le bénéfice potentiel des probiotiques.
Des effets bénéfiques ont été décrits vis-à-vis de nombreuses pathologies aiguës ou chroniques comme l'atopie, les infections respiratoires, les vaginites, l'hypercholestérolémie, les diarrhées, la constipation, la colopathie fonctionnelle et les maladies inflammatoires du tube digestif.
Cependant, des études sont encore nécessaires pour déterminer la place exacte des probiotiques dans le traitement ou/et la prévention de pathologies. Les probiotiques ont montré un intérêt chez les enfants et les nourrissons concernant la réduction de l'incidence et de la sévérité de la diarrhée à rotavirus et dans une moindre mesure sur la prévention de la dermatite atopique.
La flore intestinale : Essentiellement colique et anaérobie ;
10
14 micro-organismes en symbiose avec l'hôte ;
Non cultivables par les méthodes habituelles pour la très grande majorité (80 % des espèces non cultivables) ;
Désormais analysée par des méthodes de biologie moléculaire.
Fonction du microbiote intestinale 1. Métabolisme et nutrition Rôle sur les nutriments : - dégradation des hydrates de carbones non absorbés dans l'intestin grêle
- dégradation des lipides alimentaires
- dégradation des protéines et des acides aminés
Production d'acides gras volatils :- stimulation des mitoses épithéliales,
- augmentation de l'absorption colique d'eau et de sodium
Synthèse d'amines actives et de polyamines (rôle trophique )
Synthèse de vitamines : acide folique et vitamine K
2. Défense anti-infectieuse Effet « barrière » antimicrobien (en s'opposant à l'implantation ou à la pullulation des germes pathogènes) - Activité antitoxine (neutralisation des toxines bactériennes) - Stimulation de l'immunité intestinale (production d'IgA sécrétoires)
3. Physiologie intestinale Modification anatomique du tube digestif (chez les animaux axéniques ont un caecum distendu et une paroi intestinale amincie, anomalies réversibles par l'administration d'une flore exogène) - Modification histologique du tube digestif (chez les animaux axénique, on observe des villosités plus longues, une diminution des cryptes et une vitesse de renouvellement cellulaire réduite) - Modification du transit intestinal (il est plus lent en l'absence de micro-flore).
[b]L'AVIS DE L'ESPGHAN[/b]
En 2008, la Société Européenne de Gastroentérologie Pédiatrique (ESPGHAN) a émis des recommandations pour la prise en charge de la gastro-entérite de l'enfant. La réhydratation doit constituer la prise en charge de première intention. Un soluté de réhydratation orale à osmolalité faible ou réduite (SRO) doit être administré le plus rapidement possible. L'alimentation normale ne doit pas être interrompue. Le traitement médicamenteux n'est généralement pas nécessaire. l'ESPGHAN mentionne spécifiquement 2 souches probiotiques ayant fait la preuve de leur efficacité pour réduire la durée et la sévérité des symptômes en adjuvant des SRO. Parmi ceux-ci Saccharomyces boulardii (Ultra-Levure®). Guarino A et al. European Society for Peadiatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition/European Society for Paediatric Infectious Diseases. Evidence-based guidelines for the management of acute gastroenteritis in children in Europe. JPGN 2008 ; 46 : S81-S184."
[b]LES POINTS FORTS[/b]
Près de 100 000 milliards de bactéries colonisent le tube digestif, soit 10 fois plus que le nombre de cellules de l'organisme ! Une large part de la flore dominante anaérobie échappe à la culture mais peut actuellement être analysée par des méthodes moléculaires.Lors d'une diarrhée aigüe infectieuse, la normalisation du microbiote n'est observée que 2 à 3 mois après la disparition du trouble digestif. Des effets bénéfiques des probiotiques ont été décrits vis-à-vis de nombreuses pathologies aiguës ou chroniques comme l'atopie, les infections respiratoires, les vaginites, l'hypercholestérolémie, les diarrhées, la constipation, la colopathie fonctionnelle et les maladies inflammatoires du tube digestif.
Source: http://www.impact-sante.fr/