Douleurs rhumatologiques : plus de complications avec les opioïdes qu'avec les AINS
04/01/2011 | Gériatrie, Neurologie , Rhumatologie
Les opioïdes sont associés à davantage de complications que les AINS en traitement des maladies rhumatologiques chez les personnes âgées.
Les AINS apparaissent plus sûrs que les opoïdes, selon une étude publiée dans Archives of Internal Medicine. Depuis quelques années, la sécurité des anti-inflammatoires anti-COX-2, les coxibs, a
été remise en question. Dans le même temps, l'utilisation d'opioïdes pour traiter les douleurs en particulier rhumatologiques, a augmenté de façon importante. Faute d’étude randomisée comparant les différentes catégories d’analgésiques, une équipe de recherche menée par Daniel Solomon, rhumatologue au Brigham and Women's Hospital de Boston, a analysé les données du système d'assurance maladie américain Medicare.
Les AINS moins délétères que les opioïdes.
Ils ont comparé trois groupe de 4280 patients souffrant d'arthrose ou de polyarthrite rhumatoïde âgés de 80 ans : traités par AINS classiques, anti-COX-2 ou encore par opioïdes. Par rapport aux AINS classiques, les anti-COX-2 présente un risque cardiovasculaire augmenté de 28% mais un risque de complication digestive diminué de 40%. En revanche, pour les opioïdes, le risque cardiovasculaire était augmenté de 77%, le risque de fracture était multiplié par 4,5, et surtout les opioïdes augmentaient de 68% le risque d'événements indésirables entraînant une hospitalisation et de 87% la mortalité.
Selon les auteurs, conscients des limites de ce type d'étude, ces donnés suggèrent que les AINS sont plus sûrs que les autres types d'analgésiques. Une conclusion importante compte tenu de l'augmentation récente de l'utilisation des opioïdes dans la douleur non cancéreuse.Dans un éditorial, Jonathan Graf de l'université de San Francisco note que de nombreux médecins prescrivent à leurs patients des opioïdes parce qu'ils pensent que cette classe de médicaments est moins toxique que les AINS, dont la toxicité digestive mais aussi rénale, les inquiètent. Cette appréciation des rapports bénéfice-risque des deux catégories de médicaments est erronée. Quant à l'arthrose, Jonathan Graf rappelle qu'il existe un autre traitement de la douleur, plus sûr et aussi efficace : le paracétamol.
Les bénéfices de la codéine « à réévaluer ».
Dans leur deuxième étude publiée par les
Archives of Internal Medicine, les chercheurs de Boston ont comparé cinq opioïdes utilisés dans la douleur non-cancéreuse, au regard de leurs effets secondaires. Jamais comparés, ces médicaments sont généralement perçus comme équivalents alors même que leur métabolisme et leurs propriétés pharmacologiques sont différents. Ils ont comparé la codéine, l'hydrocodone, l'oxycodone, le propoxyphène et le tramadol, en étudiant pour chaque médicament 6.275 patients. Le risque cardiovasculaire était similaire à un mois, mais à six mois la codéine était associée à une augmentation de 62% de ce risque. Une telle différence jamais rapportée jusqu'à présent, nécessite confirmation, notent les chercheurs.Comparés à l'hydrocodone, deux médicaments avaient un risque de fracture diminué : le tramadol (division du risque par cinq) et le propoxyphène (division du risque par près de deux).De plus, la mortalité toutes causes était multipliée par 2,4 pour l'oxycodone et par deux pour la codéine, dès 30 jours de traitement, par rapport à l'hydrocodone. Dans un éditorial, William Becker et Patrick O'Connor de l'université Yale à New Haven s'interrogent sur la nécessité de « ré-examiner l'utilisation large de la codéine », opioïde de faible puissance qui de ce fait est souvent utilisé comme traitement intermédiaire entre les analgésiques non-opioïdes et les opioïdes de plus grande puissance, bénéficiant d'un présupposé de bonne sécurité. Par ailleurs, ils soulignent l'importance du risque de fracture chez les patients âgés et la nécessité d’évaluer le bénéfice potentiel et le risque des opioïdes par rapport aux autres options.
Virginie BAGOUET avec APM
Source: http://www.impact-sante.fr/