Les AINS à éviter avec certains antidépresseurs. 27/04/2011 | Neurologie , Psychiatrie
Les AINS et le paracétamol diminueraient l’efficacité des antidépresseurs de la classe des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), selon une étude américaine publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).
Selon une étude menée par Jennifer Warner-Schmidt et ses collègues de la Rockefeller University à New York AINS et paracétamol diminueraient l’efficacité des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Les chercheurs se sont intéressés à l'interaction possible entre AINS et antidépresseurs car, d'une part,
les anti-inflammatoires exercent leur action thérapeutique au moins en partie en régulant la production de cytokines, et d'autre part, différentes observationssuggèrent que
des cytokines ont un effet sur la dépression.Travaillant d'abord dans un modèle de dépression chez la souris, les chercheurs ont montré que l'administration des AINS ibuprofène, naproxène ou aspirine diminuait l'efficacité antidépressive des ISRS citalopram et fluoxétine. Le paracétamol, analgésique ayant un autre mode d'action, diminuait aussi l'efficacité des ISRS.
En revanche, les études avec l'ibuprofène ont montré qu'il n'avait qu'un effet mineur sur l'efficacité d'un antidépresseur tricyclique et pas d'interaction avec les autres classes d'antidépresseurs (IMAO ou atypiques).Les chercheurs ont également validé leur hypothèse de départ en montrant que les ISRS activaient certaines cytokines, l'interféron gamma et le TNF-alpha (qui elles-mêmes activaient une protéine récemment découverte, la p11, qui est diminuée dans la dépression). Et l'ajout de l'ibuprofène bloquait cette activation des cytokines. Ils ont ensuite voulu voir si ces observations expérimentales étaient confirmées en clinique, en étudiant les 1.546 patients de l'étude STAR*D traités par citalopram.
Le taux de rémission de la dépression s'élevait à 55,2% chez les patients qui ne prenaient pas d'AINS et
diminuait à 44,5% chez ceux qui prenaient des AINS.De même, le taux de rémission de la dépression s'élevait à 53,9% chez les patients qui ne prenaient pas d'analgésique autre qu'un AINS et diminuait à 37,1% chez ceux qui prenaient un analgésique non AINS. Les auteurs concluent donc que
chez les patients traités par ISRS, les médecins envisageant de donner un traitement anti-inflammatoire
devraient mettre en balance le bénéfice thérapeutique attendu de ce traitement et le risque de bloquer l'effet de l'antidépresseur.
Anne PRIGENT avec APM
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